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Économies d’eau volontaires : gisements d’eau pour demain (l’exemple des villes Bretonnes)

jeudi 4 décembre 2008

Blog animé par Sophie CAMBON-GRAU (Ingénieur de recherche à l’université Paris-Est)

Contrairement à la situation parisienne qui dispose depuis longtemps d’une forte sécurisation des adductions d’eau (Faut-il économiser l’eau ? Comment adapter la gestion du service à la baisse des ventes d’eau - le cas de Paris), la région Bretonne manque d’eau. L’eau de surface est rare. L’eau souterraine est largement polluée par les nitrates et pesticides. Les villes bretonnes doivent faire un choix entre 2 scenarii :

- mobiliser des ressources lointaines et développer de coûteuses adductions d’eau et/ou recourir à des traitements onéreux pour retirer les nitrates des eaux, ces surcoûts s’ajoutant à un prix de l’eau au m3 déjà parmi les plus élevés de France ;
- trouver dans des mesures d’économie d’eau un gisement pour les besoins en eau du futur.

Soutenues par une initiative conjointe du Conseil Régional de Bretagne et de l’Agence de l’eau Loire Bretagne, 7 villes pilotes, parmi lesquelles Lorient ont décidé d’explorer le deuxième scenario.

L’Histoire de Lorient est exemplaire. Avant-gardiste, la ville se lance, sous l’impulsion d’un adjoint au maire, dans une opération « environnement, énergie » à travers une cellule d’action du même nom, animée par un ingénieur spécialisé embauché pour l’occasion. Vingt et un programmes d’action alimentent deux grands chantiers : l’un sur l’éducation et l’information du public ; l’autre sur la surveillance et la modernisation des installations utilisant eau et énergie. Quatre « éco-conseillers » animent la politique au quotidien et organisent la surveillance des consommations d’une part et la formation des personnels municipaux et la sensibilisation de la population d’autre part. La part de consommation d’eau des équipements communaux (parcs et jardins, équipements sportifs, bâti communal, écoles…) dont le nombre a pourtant fortement augmenté sur la période considérée, a été divisée par 3 entre 1978 et 2001 (333 000 m3/an et 104 000 m3/an respectivement) !

Le coût des fuites (tableau issu du site internet de la Ville de Lorient) Visuel mis en ligne par la Ville de Lorient sur son site internet.
Lorient a privilégié les campagnes de communication et d’éducation à destination du personnel municipal d’une part et d’autre part à destination du grand public.

La ville, sans le savoir à l’origine, car les ratios d’utilisation d’eau « raisonnables » lui étaient inconnus, a réussi une belle aventure de développement durable :
- ménagement des ressources en eau et en énergie et constitution d’un gisement pour les usages futurs de la ville (les 229 000 m3/an économisés sont disponibles pour des développements d’activités) ;
- durabilité sociale à travers la maîtrise du prix de l’eau au m3. La solution choisie évite les investissements et les frais de fonctionnement coûteux qu’aurait immanquablement généré le recours à des ressources lointaines ou polluées. Les économies d’eau réalisées, dans une région où l’eau dépasse les 3€ du m3, ont permis de pérenniser les emplois d’éco conseillers ;
- durabilité économique : les rénovations d’équipement, les mesures de surveillance et l’installation de matériels neufs ont été largement compensées par la baisse des factures d’eau municipales.

Devant un tel succès, on pourrait se demander pourquoi les mesures d’économie d’eau ne se généralisent pas d’avantage.

Le Conseil Régional de Bretagne, qui avait soutenu les opérations « villes pilotes » reconnaît que si les 7 villes directement concernées ont connu un succès réel, les suites sur l’ensemble de la région sont plus que modestes. Il y a plusieurs raisons à cela. Faute de données cohérentes, il est difficile de dresser une courbe d’évolution des consommations d’eau sur les dix dernières années, et encore plus de mesurer si les villes sont plutôt « dans la norme » ou hors norme quant à leur consommation d’eau. Inciter de nouvelles villes à tenter l’aventure n’est pas simple. Le facteur humain est aussi primordial pour la réussite de telles opérations. Sans volonté forte des élus et une implication des intervenants pour inscrire les actions dans la durée, les résultats ne sont pas tangibles.

Pour l’avenir il faut donc parvenir à partager les données des villes ayant eu des retours sur investissement particulièrement courts.

Commentaires

le 5 décembre 2008 à 08:00

Économies d’eau volontaires : gisements d’eau pour demain (l’exemple des villes Bretonnes)

L’extrait du propos "contrairement à la région parisienne" est à mon avis en trop.

Aussi bien sur le plan quantitatif : Quelle serait la situation de la Seine en étiage sans les barrages réservoirs sur la Seine, l’Aube, la Marne, l’Yonne dont les impacts écologiques sont considérables. Quant à la qualité, certaines ressources souterraines en Seine et Marne, par exemple, n’ont rien à envier aux (petits) aquifères bretons.

Sophie Cambon-Grau le 9 décembre 2008 à 10:49

Réponse au commentaire du 5 décembre

Effectivement les quelques mots "contrairement à la région parisienne" renvoyaient au blog n°1 de manière implicite. Maintenant, le renvoi est explicite et donc plus clair.

La qualité de l’eau en région parisienne est très loin d’être parfaite. Mais les décisions de sécurisation de l’alimentation en eau ont été prises (barrages, maillages des ressources en eau brute…) et donc leurs impacts sur le prix de l’eau, les paysages,…sont malheureusement déjà là.

Si nous nous tournons vers l’avenir, il est important que de nouvelles collectivités ne plongent pas dans l’optique "tous travaux", sans peser longuement le pour et le contre.

Lorsqu’une gestion raisonnée des ressources en eau actuelles permet d’éviter des investissements et des aménagements lourds et non durables, c’est un exemple à suivre me semble-t-il et c’est l’objet de l’exemple des villes bretonnes.

J’attends d’autres exemples en réponse à ce blog, pour éclairer des collectivités qui hésitent encore…

Briac le 10 décembre 2008 à 19:41

Économies d’eau volontaires : gisements d’eau pour demain (l’exemple des villes Bretonnes)

Les Français paient en moyenne 3,01 euros TTC le m3, tandis que la moyenne européenne (10 pays analysés) s’établit à 3,40 euros par m3, selon une étude de la société de conseil NUS Consulting OUF, mais pour combien de temps ? je crois que malheureusement du premier scénario va naturellement découler le deuxième. Le prix de l’eau ne va pas baisser (raréfaction de cette ressource, privatisation des services de distribution, traitement de plus en plus onéreux…) La montée des prix de l’eau est d’ailleurs déjà la et les factures d’eau en sont la preuve. La hausse des prix va "forcer" le consommateur à économiser. Nous sommes malheureusement dans une société de privation plutôt que de prévention…
SMEGREG le 22 décembre 2008 à 18:38

Économies d’eau volontaires : gisements d’eau pour demain (l’exemple des villes Bretonnes)

En Gironde, nous partageons l’objectif d’économie d’eau des bretons, mais pour des raisons hydrogéologiques spécifiques : 99% de l’eau potable provient des nappes profondes. L’eau du robinet dont bénéficient tous les girondins est donc âgée d’environ 20 000 ans, et elle est naturellement pure. Malheureusement les prélèvements dans ces nappes profondes dépassent leurs capacités naturelles (150 millions de m3 prélevés chaque année pour une capacité de 120.

Pour les réduire, le SAGE nappes profondes de Gironde, adopté fin 2003, a fait des économies d’eau la première de ses priorités. Elles doivent représenter au moins 15 millions de m3 d’ici 2013. Et cela devrait permettre d’éviter environ 50 million d’euros d’investissements inutiles (1/3 du budget initial) en infrastructures. Des substitutions de ressources devront néanmoins mises en oeuvre, et un comparatif environnemental et économique de ces substitutions à l’échelle départementale montre qu’elles sont souvent beaucoup plus efficaces (du point de vue du volume économisé, du temps de retour sur investissement et pour les aspects pervers que vous évoquez) que les solutions individuelles (surtout la récupération d’eau de pluie, très peu souvent intéressante et un peu moins les forages en nappe superficielle souvent excédentaire en Gironde).

A différentes échelles, nous constatons les bénéfices de cette politique d’économie d’eau :
- les performances des réseaux d’alimentation publics s’améliorent (programme de diagnosic obligatoire et assistance pour la sectorisation) ;
- les volumes prélevés stagnent alors que la Gironde accueille environ 15 000 nouveaux habitants par an ;
- les collectivités et les entreprises qui ont relevé le défi ont obtenu des résultats très significatifs pour des investissements réduits :

- Ville de Mérignac (60 000 habitants) : en relevant ses 300 compteurs chaque mois et en équipant tous ses bâtiments en hydroéconome, et pour un investissmeent de 50 k€ depuis 2003, la ville économise chaque année environ 65 000 m3, soit 450 k€ économisés depuis 2003 ;

- Villes de Bordeaux et de Bègles (230 000 et 20 000 habitants) : leurs services espaces verts ont divisé par 4 les consommations d’eau en 3 ou 4 ans (soit 700 000 m3 économisés pour Bordeaux !) ;

- Auchan Bordeaux Mériadeck, l’Aéroport de Bordeaux et Mac Donald’s Bordeaux ont divisé par 2 leurs consommations d’eau (suppression de la tour aéro-réfrigérante pour le 1er et politiques globales pour les suivants),….

Les premiers pourcentages d’eau économisés correspondent à des économies financières à court terme. Mais il est vrai qu’à moyen terme le prix de l’eau augmentera pour compenser la baisse de consommations (cela dit celui qui s’est équipé en hydroéconome paiera toujours moins que celui qui n’a rien fait). Par souci d’objectivité, nous préférons donc :
- travailler notamment avec la DDAF et les exploitants sur de nouveaux contrats de DSP eau potable qui seraient moins liés au volume vendu ;
- parler aux abonnés de logique durable et de facilité d’accès aux économies d’eau (plutôt que d’économies financières).

En effet en 2006, une étude sur 300 000 abonnés (60% des abonnés du département) a montré que 85% des consommations d’eau potable étaient des consommations de type domestique, l’eau du robinet transite donc en majorité par une douche, un WC ou un lavabo. Il est facile de les équiper de dispositifs éco adaptables, peu onéreux et efficaces. Ces douchettes, aérateurs, et sacs WC sont surtout accessibles à tous les habitants, propriétaires ou locataires, avec ou sans jardin, et avec un budget limité. Ils permettent aussi de réaliser des économies d’énergie significatives via le chauffage de l’eau évité pour l’eau chaude non consommée.

Pour plus de renseignements : www.jeconomiseleau.org

Hugues SOYER le 27 décembre 2008 à 14:15

Économies d’eau volontaires : gisements d’eau pour demain (l’exemple des villes Bretonnes)

Bonjour

Il est important de rappeler que le cout de l’eau (et donc son prix) n’est pas directement lié au volume consommé. C’est l’amortissement des structures du réseau qui représente 90 à 95% du cout (hors taxes diverses et variées) qui fixe le prix de revient (traitement et énergie représentent généralement moins de 10 % de ce cout). On peut donc en tirer qq conclusions :
- reduire la consommation ne réduira pas globalement la facture (en // de la baisse de conso, le prix du m3 montera en conséquence, seuls en profiterons dans un premier temps ceux qui peuvent s’équiper en système d’économie)
- un réseau bien conçu, fiable et pérenne (résistance,étanchéité, durée de vie, recherche de fuite localisation) a bien plus d’influence à moyen et long terme sur le prix au m3

P. Héau le 10 janvier 2009 à 20:04

Économies d’eau volontaires : gisements d’eau pour demain (l’exemple des villes Bretonnes)

Avez-vous songé au tarif progressif sans droit d’entrée.

Une fois qu’on a payé les frais fixes, on peut y aller, c’est plus très cher.

Pour les agriculteurs et les industriels, y a pas photo.

sophie.cambon-grau le 20 janvier 2009 à 15:50

Économies d’eau volontaires : gisements d’eau pour demain (l’exemple des villes Bretonnes)

Réaction aux messages SMEGREG (22 déc), H. SOYER (27 déc) et P. Héau (10 jan.)

Bonne année à tous les passionnés des questions de gestion durable des services d’alimentation en eau !

Merci à nos 3 derniers "bloggeurs" pour leurs idées et leurs commentaires.

Le site www.jeconomiseleau.org est intéressant et je vous remercie de nous l’avoir fait découvrir. L’exemple de la Gironde montre, si démonstration était encore à faire, que chaque service d’eau est différent et que des solutions locales, concertées, durables, peuvent être trouvées dans l’intérêt de tous.

Un souci majeur pour la collectivité, est de rendre pérenne le service public d’alimentation en eau. Et comme vous le soulignez tous fort justement, le prix de l’eau est intimement lié aux coûts d’amortissement et de maintenance des réseaux, indépendamment des volumes consommés.

Dans le cas des villes Bretonnes, que je donne en exemple, la solution d’économie d’eau évite de réinvestir dans de nouvelles infrastructures d’adduction d’eau. On limite donc les nouveaux coûts fixes en rentabilisant au maximum les installations existantes.

Paris ne vit pas du tout la même problématique. Pour éviter l’augmentation du prix de l’eau, il faut que la capitale ne perde pas de gros usagers.

Comment dès lors trouver "le juste prix" ? Un prix tel que les usagers, et notamment les plus gros d’entre eux, ne se détournent pas du service public pour se "brancher" sur des solutions "privées" (forages pour de gros consommateurs).

Faut-il interdire une tarification dégressive de l’eau, sachant qu’il est intéressant de garder de gros consommateurs sur le réseau ? Comme la tendance générale est à la baisse des volumes consommés, les coûts fixes des infrastructures conduisent inévitablement à un coût au m3 plus important. Les gros consommateurs permettent de limiter potentiellement les surcoûts au m3. N’est-il donc intéressant, collectivement, de leur offrir un prix dégressif ?

Il n’y a pas UNE réponse mais des réponses à étudier localement pour chaque service d’eau potable. Les positions doctrinaires doivent céder le pas aux positions concertées dans l’intérêt d’une gestion durable (écologique, économique, sociale et politique) des services d’eau.

philippe le 5 février 2009 à 10:33

Et le pluvial ?

La Franche-Comté ne manque pas d’eau et pourtant elle coute souvent cher. Pour réduire la facture mais aussi éviter de traiter de l’eau qui repart directement à l’égout, j’ai rénové la vieille citerne qui alimentait jadis la maison. Ainsi chaque année, nous (2 adultes et 3 enfants) consommons près de 45 m3 d’eau de pluie et seulement 57 m3 d’eau de la ville. Si l’on observe l’augmentation des surfaces d’interception diverses, la ressources pluviale permettrait une alimentation régulière et même contribuerait à la limitation des crues par la multiplication des lieux de stockage tampons.
Sophie Cambon-Grau le 5 mars 2009 à 16:50

Réponse à Philippe - récupération et gestion de l’eau de pluie comme ressource alternative

Merci Philippe pour votre témoignage, qui ouvre un sujet passionnant.

Vous avez raison sur le fait que garder l’eau de pluie sur sa parcelle contribue à améliorer leur gestion et à limiter les débordements lors de fortes pluies. Bien entendu, la meilleure mesure est sans doute de limiter l’imperméabilisation du sol de la parcelle. La récupération d’eau de pluie dans une citerne représente en soi un volume relativement faible. Mais la volonté de récupérer l’eau de pluie témoigne d’une sensibilité à la gestion de l’eau, qui, si elle se couple avec des économies pour l’utilisateur, entre dans une stratégie gagnant, gagnant très positive. Seul hic potentiel : si l’eau pluviale mobilisée repart, pour partie, vers l’assainissement collectif. Si votre citerne d’eau pluviale alimente vos WC par exemple, l’eau vidangée part pour traitement. En assainissement autonome, vous supportez les coûts et donc pas de souci. Si, en revanche vous êtes raccordé au réseau public, le coût du traitement de l’eau pluviale souillée qui part à l’égout sera supporté par le budget du service d’assainissement auquel vous n’aurez pas totalement contribué via votre facture d’eau (vous n’aurez payé que les m3 facturés par le service d’eau, le prix comprenant, si vous êtes raccordé à l’égout, la part "eau potable" + "traitement des eaux usées").

Il s’agit bien là d’un problème rencontré par les services d’eau et d’assainissement actuellement. Ils ont investi dans des installations très longues à amortir et pas toujours raisonnables en termes de choix techniques (avec des coûts de fonctionnement très lourds et des rendements pas toujours à la hauteur - thèse BERLAND, LATTS ENPC 1994). Quand les consommations d’eau baissent, ce sont à la fois les services d’alimentation en eau mais aussi les services d’assainissement qui subissent le manque à gagner et ne disposent plus des fonds nécessaires pour entretenir et amortir leurs équipements.

On peut rappeler ici en passant que la France est l’un des pays en Europe avec le plus d’assainissement autonome et que ce type d’assainissement, s’il est bien encadré par les communes, présente de nombreux avantages pour des personnes, qui, comme vous, souhaiteraient développer pour partie leur alimentation autonome en eau de pluie, sans inconvénient pour la collectivité.

Encore merci pour ce sujet de discussion

blanc le 14 avril 2009 à 11:14

Économies d’eau volontaires : gisements d’eau pour demain (l’exemple des villes Bretonnes)

concernant la gestion de la ressource ( et non l’aspect prix )il ne faut pas oublier la notion de bassin versant , les différents usages de l’eau(agriculture, énergie, tourisme, alimentation eau potable, industrie ).C’est une affaire politique de priorités, la notion de masse d’eau de la loi 2006 le confirme. concernant le prix, on paye le service de l’eau et là aussi le prix est politique. Sur le meme territoire, deux communes à des prix différents car travaux, priorités données aux moments T-n années . La question est de trouver l’équilibre du balancier entre économie gestion et gestion économique durable de la ressource indispensable

ch.blanc


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