Contrairement à la situation parisienne qui dispose depuis longtemps d’une forte sécurisation des adductions d’eau (Faut-il économiser l’eau ? Comment adapter la gestion du service à la baisse des ventes d’eau - le cas de Paris), la région Bretonne manque d’eau. L’eau de surface est rare. L’eau souterraine est largement polluée par les nitrates et pesticides. Les villes bretonnes doivent faire un choix entre 2 scenarii :
mobiliser des ressources lointaines et développer de coûteuses adductions d’eau et/ou recourir à des traitements onéreux pour retirer les nitrates des eaux, ces surcoûts s’ajoutant à un prix de l’eau au m3 déjà parmi les plus élevés de France ;
trouver dans des mesures d’économie d’eau un gisement pour les besoins en eau du futur.
Soutenues par une initiative conjointe du Conseil Régional de Bretagne et de l’Agence de l’eau Loire Bretagne, 7 villes pilotes, parmi lesquelles Lorient ont décidé d’explorer le deuxième scenario.
L’Histoire de Lorient est exemplaire. Avant-gardiste, la ville se lance, sous l’impulsion d’un adjoint au maire, dans une opération « environnement, énergie » à travers une cellule d’action du même nom, animée par un ingénieur spécialisé embauché pour l’occasion. Vingt et un programmes d’action alimentent deux grands chantiers : l’un sur l’éducation et l’information du public ; l’autre sur la surveillance et la modernisation des installations utilisant eau et énergie. Quatre « éco-conseillers » animent la politique au quotidien et organisent la surveillance des consommations d’une part et la formation des personnels municipaux et la sensibilisation de la population d’autre part. La part de consommation d’eau des équipements communaux (parcs et jardins, équipements sportifs, bâti communal, écoles…) dont le nombre a pourtant fortement augmenté sur la période considérée, a été divisée par 3 entre 1978 et 2001 (333 000 m3/an et 104 000 m3/an respectivement) !
| Visuel mis en ligne par la Ville de Lorient sur son site internet.
Lorient a privilégié les campagnes de communication et d’éducation à destination du personnel municipal d’une part et d’autre part à destination du grand public. | |
La ville, sans le savoir à l’origine, car les ratios d’utilisation d’eau « raisonnables » lui étaient inconnus, a réussi une belle aventure de développement durable :
ménagement des ressources en eau et en énergie et constitution d’un gisement pour les usages futurs de la ville (les 229 000 m3/an économisés sont disponibles pour des développements d’activités) ;
durabilité sociale à travers la maîtrise du prix de l’eau au m3. La solution choisie évite les investissements et les frais de fonctionnement coûteux qu’aurait immanquablement généré le recours à des ressources lointaines ou polluées. Les économies d’eau réalisées, dans une région où l’eau dépasse les 3€ du m3, ont permis de pérenniser les emplois d’éco conseillers ;
durabilité économique : les rénovations d’équipement, les mesures de surveillance et l’installation de matériels neufs ont été largement compensées par la baisse des factures d’eau municipales.
Devant un tel succès, on pourrait se demander pourquoi les mesures d’économie d’eau ne se généralisent pas d’avantage.
Le Conseil Régional de Bretagne, qui avait soutenu les opérations « villes pilotes » reconnaît que si les 7 villes directement concernées ont connu un succès réel, les suites sur l’ensemble de la région sont plus que modestes. Il y a plusieurs raisons à cela. Faute de données cohérentes, il est difficile de dresser une courbe d’évolution des consommations d’eau sur les dix dernières années, et encore plus de mesurer si les villes sont plutôt « dans la norme » ou hors norme quant à leur consommation d’eau. Inciter de nouvelles villes à tenter l’aventure n’est pas simple. Le facteur humain est aussi primordial pour la réussite de telles opérations. Sans volonté forte des élus et une implication des intervenants pour inscrire les actions dans la durée, les résultats ne sont pas tangibles.
Pour l’avenir il faut donc parvenir à partager les données des villes ayant eu des retours sur investissement particulièrement courts.
